🗓️ Le 17 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1919

 

Reprise ce matin de la marche après deux jours de repos à Nelson. Nous devons rejoindre en faisant du stop le pont de la rivière Pelorus où nous avions quitté le trail trois jours auparavant. Nous décidons alors de lancer une course en binômes façon Pékin express, avec à la clef une pizza pour les gagnants. Je me met en duo avec Natalie, Matteo et Jolly seront nos concurrents. Une course étant une course, nous tentons de prendre l’avantage en nous positionnant en avant sur la route de fin d’attraper les véhicules en premiers. Il n’y a pas foule de voitures, et pour cause, nous sommes samedi matin et il est à peine 7h. Nous patientons une bonne vingtaine de minutes jusqu’à ce qu’une voiture ne s’arrête, cependant le conducteur ne peux nous avancer que d’une dizaine de kilomètres. Au cours du trajet, nous dépassons Matteo et Jolly qui patientent encore au bord de la route, nous prenons la tête !

 

Après 10 kilomètres, notre chauffeur nous dépose à côté d’une petite station service parfaite pour arrêter les véhicules. Natalie va commander un café, je reste aux aguets pour arrêter les voitures sans beaucoup de succès. Matteo et Jolly en profitent pour nous dépasser sans manquer de nous narguer au passage. Après 5-10 minutes, nous remontons en voiture mais nous ne parvenons pas à les rattraper pendant la soixantaine de kilomètres que nous parcourons. À notre arrivée au pont, nous ne pouvons que constater notre défaite. J’espère pouvoir prendre ma revanche une prochaine fois !

 

Nous avons 27 kilomètres à parcourir aujourd’hui pour atteindre la hutte de Middy Creek, dont 14 aisés le long d’une route de graviers et 13 sur sentier. Le parcours suit la rivière Pelorus qui est un peu brunâtre et gonflée par les pluies des deux précédentes journées.

 

J’ai sur mes épaules une vingtaine de kilos : le matériel de base, les provisions pour 8-9 jours et l’eau. Je prends plus de précautions qu’à l’habituée puisque le poids du sac peut parfois être déstabilisant, je souhaite à tout prix éviter de me tordre une cheville.

 

Lorsque je prends une pause à mi-parcours à la hutte Captains Creek, je me fais dévorer par les Sandflies qui sont une sorte de petit moucheron capable de vous piquer à travers les habits. Ces petits insectes ont la réputation de se trouver partout sur l’île du sud et je comprends que je ne vais pas beaucoup apprécier leur compagnie !

 

Je termine les cinq derniers kilomètres en continuant à longer la rivière Pelorus. Par trois fois aujourd’hui, j’ai dû emprunter des ponts de singes construits en mailles de grillages qui ne sont pas très rassurants : ils tanguent, ils couinent et n’ont pas l’air très solides … il est d’ailleurs interdit de passer deux personnes à la fois.

 

J’arrive à la hutte du soir qui est très rustique, un peu sale et qui contient autant de sandflies qu’à l’extérieur. Je préfère donc monter ma tente sur le gazon aux alentours, avec vue sur la forêt et sur la rivière c’est beaucoup plus charmant. Je prends un rapide bain dans la rivière, l’eau est très froide. Mes compagnons arrivent assez tardivement au camp, ils ont dû prêter assistance à un randonneur qui s’est cassé la cheville. Je me disais effectivement que j’avais bien entendu un hélicoptère cette après midi !

 

La soirée se termine avec le dîner, en servant nous même de dîner aux sandflies.

 

 

🗓️ Le 18 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1938

 

Réveil matinal avec un ciel bleu et un air pur, parfait pour se sentir extra motivé et le cœur allégé ! Au programme du jour, 19 kilomètres de randonnée à travers de superbes forêts. Le sentier grimpe de 700 mètres de manière graduelle, suit parfois quelques rivières et nécessite d’enjamber de nombreux arbres abattus ainsi que d’innombrables racines. Le sac est très lourd mais je me sens en bonne forme, le cœur porté par la belle météo et cette nature quasi intacte.

 

Chaque soir nous avons la possibilité de dormir en hutte rustique ou en tente. Du moment que la météo est correcte, je préfère planter ma tente et profiter des extérieurs. La rivière juste un peu en contrebas me berce pour m’endormir.

 

 

🗓️ Le 19 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1944

 

Nous ne ferons qu’une courte distance aujourd’hui mais avec un fort dénivelé. Notre groupe se disperse puisque Natalie et Yvan veulent continuer plus rapidement, Matteo souhaite redescendre pour la journée dans la ville la plus proche pour réparer sa tente et son sac à dos qui ont été troués par des souris la nuit précédente et Jolly souhaite l’attendre pour ne pas qu’il se retrouve seul. Bien que j’apprécie tout le monde, je dois faire un choix, et puisque l’anniversaire de Jolly approche bientôt, je décide de rester en sa compagnie, j’ai pris assez de nourriture de toute manière.

 

Nous suivons pour le premier kilomètre une rivière bondissant joyeusement dans son lit de pierres, le sentier zigzaguant entre la rive droite et gauche, nécessitant de la franchir de nombreuses fois. Dans l’un des bassins, nous pouvons observer une anguille de 60-70 centimètres de longueur. Bien qu’il soit encore tôt et que l’eau soit glacée, nous décidons un peu sous une forme de défi de nous y jeter nus comme des vers.

 

Nous continuons notre grimpée en prenant notre temps et arrivons tôt à la hutte Starveall située sur une arête juste à l’orée de la forêt et très exposée aux vents. Mais en s’allongeant dans l’herbe baignée par le soleil, nous passons une agréable après midi.

 

En faisant quelques jeux de cartes, bien entendu !

 

 

🗓️ Le 20 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1957

 

Nous avons aujourd’hui au programme 13 kilomètres le long des crêtes. Un fort vent a soufflé toute la nuit en faisant craquer la hutte et devrait continue de souffler toute la journée. Le soleil est couvert par des nuages de très haute altitude, nous n’aurons pas chaud mais au moins nous avons des vues sur tout le massif. La plupart du temps, nous sommes au delà de la ligne naturelle des arbres, avec un paysage de rocailles et d’herbes grasses. Malgré la couche nuageuse et un soleil très timide, les décors sont superbes et le vent qui souffle en rafale est vivifiant. J’ai parfois du mal à avancer en ligne droite tant les bourrasques me font tanguer, mais la ligne des crêtes étant légèrement arrondi, il n’y a aucun danger à se faire éjecter du sentier.

 

Je me sens plein d’énergie aujourd’hui et le doute m’assaille quand à rester avec Matteo et Jolly qui ont prévu de ne faire que 13 kilomètres aujourd’hui, ou de continuer sur les plus hauts sommets des Richmond Range et parcourir cinq kilomètres supplémentaires. Je sens une sorte de conflit intérieur et de frustration de m’arrêter tôt alors que j’en ai encore sous la pédale, mais en même temps j’ai promis à Jolly de rester avec elle jusqu’à son anniversaire trois jours plus tard. Je dois aussi reconnaître que c’est de ma faute car je me suis reposé sur le groupe et n’ai pas pris le temps d’étudier les cartes et les notes, et de décider ce qui serait le mieux pour moi-même.

 

Je décide donc de rester avec Jolly et Matteo pour cette section, et pour la prochaine chaîne de montagne la semaine prochaine, de prendre les décisions en mon âme et conscience … si ça match avec le groupe tant mieux. Mais au moins je serais aligné avec mes envies.

 

 

🗓️ Le 21 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1970

 

Nous nous réveillons ce matin avec de la pluie. La section de marche que je n’avais pas fait la veille est l’une des plus belles du parcours, également l’une des plus hautes, cela me laisse un petit goût amer sachant que j’aurais pu le faire hier dans de bonnes conditions météorologiques. Matteo décide de rester à la hutte et de ne pas tenter l’ascension, Jolly hésite et souhaite rester avec lui, mais personnellement je me sens confiant. Après un moment de latence, Jolly décide à contre coeur de venir avec moi mais essaye tout de même de me convaincre de rester pour ne pas disperser le groupe. Dans mon cœur, je sens bien que le groupe touche à sa fin et je ne souhaite plus patienter pour attendre les autres. Je sens qu’il est temps de libérer le cheval en moi qui ne demande qu’à galoper !

 

La hutte se trouve à 1100 mètres d’altitude, nous démarrons l’ascension des deux sommets de la section, le petit Rintoul qui culmine à 1643 mètres suivi du mont Rintoul à 1731 mètres, en redescendant d’environ 400 mètres entre les deux. La progression se fait lentement, le sentier grimpant de longs pierriers avec des rochers instables, puis suit les crêtes exposées aux vents. Plusieurs fois nous devons jouer des pieds et des mains mais dans l’ensemble je prends énormément de plaisir à être là dehors dans cette nature qui s’exprime vivement. La pluie n’est qu’une fine bruine et le vent, bien que froid, ne nous déstabilise pas sur les passages les plus escarpés.

 

Apres quatre heures où nous n’avançons que de cinq kilomètres, nous atteignons la hutte à mi parcours où nous en profitons pour nous réchauffer un peu avant de continuer sur une autre section de huit kilomètres qui grimpe une troisième fois au delà des 1500 mètres d’altitude. Le reste du trail est sous le couvert de la forêt sur les crêtes.

 

La hutte du soir est située à côté d’un petit lac bucolique où il ferait bon de se baigner si seulement le soleil daignait pointer le bout de son nez. Mais aujourd’hui il a préféré jouer à cache cache derrière les nuages.

 

 

🗓️ Le 22 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1984

 

Il a plu toute la soirée et toute la nuit de manière drue, nous devons attendre ce matin le coup des 9-10h pour que finalement les nuages de pluie se dispersent et laissent place à un soleil timide. En faisant les premiers pas dans la forêt, nous réalisons qu’elle dégorge d’eau et que de nombreux petits ruisseaux se sont formés au hasard, créant de petites cascades qui traversent le sentier. Le problème étant qu’aujourdhui nous avons deux sections à franchir, la première partie descendant dans le fond de la vallée, et la deuxième partie suivant la rivière principale que nous supposons être gonflée par les eaux de pluie.

 

Et effectivement, en arrivant à la rivière et en franchissant le pont de singe qui permet d’atteindre la hutte à mi-parcours, nous constatons que le niveau de la rivière est plus haut qu’à l’accoutumée, mais tout de même plus bas que nos craintes.

 

Quatre randonneuses qui avaient passé la nuit dans cette hutte attendent patiemment que le niveau de la rivière baisse. Elles nous expliquent qu’au réveil le volume d’eau était plus important et surtout brunâtre. À la mi-journée, il est à nouveau clair, quoi que légèrement bruni. La profondeur ayant l’air raisonnable, nous décidons d’attaquer cette section après avoir pris le temps de déjeuner.

 

Nous rattrapons le groupe des quatre randonneuses rapidement, parties avant nous, elles semblent un peu fébriles à l’idée du premier franchissement de rivière. Avec Jolly nous avions tous deux participé à la formation “traversée des cours d’eau en toute sécurité” à Auckland avant de démarrer le trail à la mi-octobre. Nous sommes donc tous les deux confiants et leur donnons un petit cours express. Deux techniques peuvent être utilisées : en solitaire en faisant face à la rivière et en s’aidant des bâtons de randonnée pour faire appui, ou en groupe en avançant en ligne droite collés les uns aux autres, un peu à la manière des danseurs de French cancan. Nous choisissons la deuxième méthode, en groupe chacun se sentira plus en confiance. Je me positionne au bout de la file, ayant une sorte de rôle de pilier, le courant pressant sur ma jambe. Si l’un de nous chancelle, les autres sont là pour l’aider à se stabiliser. La technique porte ses fruits et bien que nous ayons de l’eau au dessus des hanches dans le courant, nous traversons la rivière avec succès.

 

Le sentier continue dans la forêt en suivant le cours d’eau le long des pentes escarpées. Plusieurs fois nous avons du vide à nos côtés et devons bien faire attention à ne pas trébucher, nous ferions une chute de plusieurs mètres en atterrissant dans la rivière. Par sept fois, nous traversons le cours d’eau, chacun gagnant en confiance au fur et à mesure. Le plaisir de relever chaque nouveau défi nous colle un sourire à tous, et en arrivant au bout du parcours à la hutte du soir, nous avons tous le sentiment d’avoir passé une de nos meilleures journées.

 

Nous sommes neuf à dormir dans la hutte qui ne compte que six lits, mais en jouant à Tetris nous trouvons une solution pour tous nous accomoder.

 

Encore deux jours de marche en nous en aurons terminé avec les Richmond Range.

 

 

🗓️ Le 23 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 2012

 

Nous décidons de nous lever tôt aujourd’hui car nous souhaitons faire une grosse journée de marche pour l’anniversaire de Jolly. La météo est un nuageuse mais le soleil apparaît parfois. Je démarre un peu avant Jolly et prévoit de l’attendre à l’une des hutte sur le parcours. D’emblée, j’attaque un dénivelé de 1000 mètres sur les 3 premiers kilomètres. J’ai l’impression que mes jambes sont faites de plomb et je souffle comme un bœuf.

 

Une fois au sommet du col, le sentier suit les crêtes, parfois bénéficiant de belles vues, parfois dans le brouillard des nuages qui s’accrochent aux sommets. Je peux voir la prochaine hutte six kilomètres avant de l’atteindre, étant située au fond de la vallée qui s’ouvre devant moi. Je reçois un message de Jolly qui me dit de pousser en avant et qu’elle me rejoindra plus tard si elle y arrives.

 

Après avoir pris ma pause déjeuner à la hutte, je continue sur une section qui oscille entre pentes rocailleuses et arbustes bas. J’atteins la seconde hutte qui marque mon 2000ème kilomètre depuis le début à Cape Reinga le 21 octobre, il est encore tôt dans l’après midi, je décide donc de pousser plus loin. Les dénivelés redeviennent importants et de nombreuses giboulées m’accompagnent toute l’après midi. Je dois traverser plusieurs rivières durant la journée, mes chaussures sont trempées depuis la veille et ne peuvent donc pas sécher. Les vues sont grandioses, les Richmond Range nous auront vraiment gâtés par leur beauté et leur diversité.

 

Le dernier kilomètres se fait à travers une tourbière plutôt marécageuse, un mélange d’eau et de boue dont je me serais bien passé avant de devoir retirer mes chaussures. Nous ne sommes que quatre personnes dans la hutte ce soir, j’ai droit à un lit !

 

J’aurais parcourus 28 kilomètres aujourd’hui et grimpé plus de 2000 mètres de dénivelé! Une bonne journée !

 

 

🗓️ Le 24 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1932

 

Avant de démarrer avec le récit de cette dernière section, je voudrais souhaiter un joyeux quarantième anniversaire à ma grande sœur ! Le chiffre 40 ne lui collant pas, pour moi elle s’est arrêtée à 20 ans depuis 20 ans !

 

Nous quittons la hutte vers 07h30 afin de pouvoir arriver le plus tôt possible au petit village de Saint Arnaud. Nous avons 12 kilomètres à parcourir sur les dernières hauteurs des Richmond Range à travers des forêts et sur les crêtes. Il fait plutôt froid ce matin, nous pouvons observer que les nuages ont soupoudré de la neige sur les sommets de plus de 1500 mètres durant la nuit.

 

Nous avons hâte d’arriver au village, nos habits sentent vraiment mauvais et nous n’avons pas pris de douche depuis plus d’une semaine (je me suis baigné dans des rivières tous les soirs afin de conserver une hygiène corporelle mais mes camarades n’en ont pas tous fait autant !).

 

Et surtout nous pouvons aller au restaurant et dignement fêter les 35 ans de Jolly (son anniversaire était la veille).

Santé !

 

 

Photos du 17 et 18 janvier 2026

Photos du 19 et 20 janvier 2026

Photos du 21 et 22 janvier 2026

Photos du 23 et 24 janvier 2026

Add comment

Comments

There are no comments yet.