🗓️ Le 12 décembre 2025 (jour de repos)
Je passe ma journée à profiter de la vue magnifique que l’on a sur les deux volcans depuis la hutte Waihohonu, le repos est bienfaisant tant l’air semble pur ici.
🗓️ Le 13 décembre 2025
🏁 Kilomètres : 1192
La hutte dans laquelle je me trouve se situe au Nord-Est du volcan Ruapehu, dont je vais quasiment faire le tour ces deux prochaines journées. L’objectif est de rejoindre la hutte Mangaehuehu situé tout au Sud du massif. Le ciel est magnifique ce matin, pas un pet de nuage est visible. L’air est froid et venteux, de bonnes rafales soufflent depuis le Sud ; n’oubliez pas que dans l’hémisphère Sud, le Sud c’est le Nord… donc un vent du Sud est un vent froid ! Les rayons du soleil me réchauffent dès que je me retrouve abrité du vent par intervalles. J’atteins rapidement la source Ohinepango, dont un grand flot sort de sous terre et créé une rivière d’une belle taille en un instant ; j’en profite pour y remplir mes bouteilles.
En faisant le tour du volcan dans le sens des aiguilles d’une montre, je serai en permanence sur une pente avec le pied gauche comme appui principal, ma cheville gauche prendra cher ! De ce côté du volcan, des éruptions successives et des coulées de cendres et de boue ont créé une surface désertique mi-sablonneuse, mi-rocailleuse ; cette section est d’ailleurs nommée le désert de Rangipo. En face de moi un peu sur la gauche j’ai le mont Ruapehu, en me retournant se trouve le mont Ngauruhoe et au milieu cette plaine aride dans laquelle s’écoulent quelques ruisseaux et une végétation éparse.
Après quelques heures en se rapprochant de la montagne, le terrain devient plus vallonné. Pour essayer de vous imaginer, retournez dans votre enfance lorsque vous mangiez de la purée de pomme de terre, en créant un monticule avec un lac au milieu pour y mettre la sauce. En rompant l’un des flancs, la sauce s’écoule et créé un sillon. Imaginez-vous maintenant des éruptions massives successives sur des milliers d’années, des coulées de lave géantes créant d’innombrables vallées et vallons. En faisant le tour du volcan, je dois franchir coup sur coup des dizaines de ces dépressions qui démarrent des sommets et s’élargissent au fur et à mesure qu’elles en rejoignent la base, parfois de petite taille, et parfois telles d’énormes vallées. De plus, la lave en refroidissant peut parfois créer de véritables murs infranchissables, nécessitant de longs détours. J’espère avoir réussi à vous résumer au mieux les obstacles qui m’attendent ces deux prochains jours ; mais aussi les spectacles bruts et monumentaux qui régaleront mes yeux !
Pour faciliter le franchissement de certains creux, des ponts de singe ont parfois été installés, donnant quelques sensations lorsque je sens l’ouvrage tanguer. Des panneaux indiquent parfois qu’il est dangereux de faire des pauses sur certains passages à cause de possible lahars : ce sont d’immenses coulées d’eau, de cendres et de boue provoquées par une accumulation instable de ces derniers, le tout déclenché par de fortes pluies, la fonte des neiges ou encore l’activité du volcan.
Je prends ma pause à la hutte Rangipo située à l’Est du Volcan principal, j’ai encore un long morceau de chemin à faire avant d’atteindre la face Sud où se dresse la hutte du soir. Dans l’après-midi, les franchissements de vallons se succèdent les uns aux autres avant que je ne pénètre dans une zone plus boisée et marécageuse. Afin de préserver la flore et d’éviter le piétinement des zones humides, des centaines de pontons en bois ont continuellement été installés, ce qui rend la progression plus aisée.
En arrivant à la petite hutte Mangaehuehu, j’ai une sorte de sentiment inconfortable. Une famille avec enfants est déjà installée et me regarde de travers. De plus, j’ai vu sur le site des réservations que la hutte sera pleine à craquer ce soir. Deux randonneuses avec qui j’avais sympathisé la nuit précédente m’indiquent qu’elles continueront la marche sur 6 kilomètres et iront dans une cabane qui n’est pas sur la route principale et de facto est moins fréquentée. Je décide de me joindre à elles, ainsi qu’à un autre français. Nous avons encore 2h30 de marche, le terrain n’aidant pas à avancer vite. En arrivant aux abords de la hutte après avoir fait 1300 mètres de dénivelé, je suis fatigué mais satisfait, nous ne serons que tous les quatre ce soir. Un petit ruisseau passe à proximité, j’en profite pour me baigner avant que le soleil ne se couche derrière la colline.
Une dure mais belle journée !
🗓️ Le 14 décembre 2025
🏁 Kilomètres : 1211
La nuit a été calme et c’est frais que je me lance dans cette dernière journée de marche autour du volcan. Le chemin s’étend d’abord dans une zone boisée, puis une zone de marécages qui encore une fois est superbement aménagée. Je rejoins ensuite une route que je dois longer sur 4 kilomètres en remontant abruptement ; cette dernière permettant d’accéder à une petite station de sports d’hiver à l’arrêt pendant l’été. Le sentier quitte la route et s’enfonce dans une énorme vallée, depuis le sommet de l’arrête je peux voir au bas la hutte dans laquelle je prendrais mon déjeuner et les lacs perchés sur la crète d’en face aux côtés desquels je passerais cet après-midi. Pour descendre, je dois marcher sur une énorme coulée de lave refroidie, en équilibre un peu précaire tant les flancs sont abrupts, le tout niché entre deux rivières qui coulent de chaque côté. L’exercice est délicat mais les vues sont splendides. Le débit de l’eau sur la roche crée de petites piscines bleutées dans lesquels il serait tentant de se baigner s’il ne faisait pas si froid ; le ciel assez clair au réveil a laissé place durant la matinée à une couche opaque de nuages et à un vent froid.
Après le déjeuner, une bonne ascension m’attend dans une nouvelle zone de marécages en plusieurs paliers. Je passe à côté des lacs que j’avais aperçu depuis l’autre côté de la vallée. En arrivant au sommet, je m’imagine tomber sur une zone relativement plate et pouvoir avancer à bon train … je me trompe lourdement, l’après-midi n’est qu’une succession de dénivelés, il me faut quasiment 5h pour faire à peine une dizaine de kilomètres. Les efforts constants requièrent un grignotage continu de barres de céréales ou de noix dont je commence à manquer, je me rabats sur le beurre de cacahuètes que je mange à la cuillère. Je commence à être épuisé mais les décors époustouflants qui s’enchaînent me confirment ce pour quoi je suis là à crapahuter.
Après avoir grimpé 1200 mètres de dénivelé (4000 mètres sur les 3 dernières journées de marche), j’arrive, crevé mais satisfait, à la hutte Wakapapaiti du soir, à côté de laquelle un ruisseau glacé s’écoule. J’y prends mon bain transi de froid et m’empresse de me sécher et de passer des habits secs !
Vivifiant !
🗓️ Le 15 décembre 2025
🏁 Kilomètres : 1229
Aujourd’hui sera une journée relativement simple. La hutte dans laquelle nous avons passé la nuit se situe à la fin du parcours qui fait le tour de la montagne. Je n’ai qu’à emprunter un sentier qui descend en douceur à travers une lande de bruyères qui rappelle un peu les décors écossais, encore plus avec la grisaille et le vent froid qui règnent ce matin. Je rejoins après 2h une route, que je dois suivre pour 1h30 afin d’arriver à la ville la plus proche qui s’appelle Waimarino.
Je profite de la présence d’un petit commerce pour refaire quelques provisions nécessaires aux deux prochaines journées de marche, afin de rejoindre le lieu de départ pour la descente en canoë de 5 jours, et également pour faire une lessive.
Je rejoins ensuite le groupe de marcheurs avec qui nous nous fréquentons ici et là depuis le début, souvent éparpillés mais aujourd’hui tous réunis pour un verre dans un bar suivi d’un mini-golf (que je gagne !).
Nous serons une bonne quinzaine à descendre la rivière tous ensemble, cela promet d’être folklorique !
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