🗓️ Le 31 décembre 2025

🏁 Kilomètres : 1631

 

Nous démarrons tôt aujourd’hui car nous avons une grosse journée, non pas en kilomètres car il s’agit seulement d’en avancer d’une vingtaine, mais en dénivelé avec environ 1300 mètres de sentiers boueux en mauvais état à gravir. Nous devrions partir pour quatre jours de marche, cinq si la météo est mauvaise.

 

Je suis accompagné de Natalie, Jolly et Matteo pour cette section. Nous avançons sur une piste plate pour quelques kilomètres avant de bifurquer à travers champs. Nous pouvons voir devant nous les montagnes couvertes de forêts surgir du sol en contraste avec la surface plane de l’étendue d’herbe que nous traversons. À leurs pieds, le sentier grimpe directement avec une forte déclivité, nous aurons besoin de quatre heures pour atteindre la première hutte du parcours où nous prendrons notre pause déjeuner.

 

La seconde partie de la journée se fait sur les crêtes toujours couvertes d’épaisses forêts. Les arbres suintent en paquets de mousses et lichens en leur donnant l’impression d’être barbus et le vent qui souffle régulièrement sur les croupes brutalise leurs troncs et leurs branches, les forçant à grandir de manière biscornue. Nombre d’entre eux gisent sur le sol, leurs puissantes racines n’ayant pu rivaliser avec la force de la précédente tempête, en bloquant le sentier et forçant à faire de petits détours ou à les chevaucher.

 

J’arrive à la hutte du soir, sans charme mais qui fait l’affaire pour nous abriter pour la soirée. Nous décidons de “fêter” le passage à la nouvelle année à la manière de randonneurs fatigués, c’est à dire à 20h à la place de minuit. Vers 19h, nous avons le plaisir de voir notre ami Yvan débarquer. Il a fait une grosse journée pour nous rejoindre et nous a fait la surprise en ouvrant la porte à la volée. Très fatigué et un peu déphasé, nous lui apprenons que nous sommes le 31 décembre et que nous allons bientôt entrer dans une nouvelle année … il est vrai que le concept des dates et des jours de la semaine est un assez relatif sur le trek, ça ne compte que très peu.

 

Ayant quatre américains dans la hutte, nous décidons de remodeler l’une de leur tradition du décompte de minuit en effectuant un “lâcher de balle” … je suis très circonspect, je n’ai jamais entendu parler de cette étrange coutume apparemment très célèbre aux États Unis (une boule de cristal qui tombe de quelques mètres sur les dix dernières secondes de l’année à Times Square à New York). Natalie qui a toujours des idées loufoques, se tient sur un banc devant la hutte en nous faisant face, lance le décompte et lâche une balle en plastique sur le sol à 20h pile sous l’hilarité générale.

 

Ça aura eu le mérite de marquer de coup et de tous nous rassembler !

 

 

🗓️ Le 01er janvier 2026 (jour de repos)

 

Nous passons ce premier jour de l’année dans cette hutte froide et humide, la météo ne nous permettant pas de continuer car les vents sur les crêtes sont très forts. Cependant, la compagnie est bonne, les rires fusent et nous jouons aux cartes, le combo parfait pour bien faire passer le temps. Nous avons fait un pari avec Jolly que nous avons tous les deux perdu, avec pour résultat de devoir faire 50 pompes par jour jusqu’à la fin du trail, c’est à dire environ jusqu’à mi-mars !

 

 

🗓️ Le 02 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1644

 

Réveil en fanfare à 05h ce matin dans notre hutte humide, tout le monde décidant de démarrer à la même heure. C’est dans le noir, dans une sorte de fouillis général que nous rassemblons nos affaires et nous préparons pour démarrer la journée de marche. Au programme 13 kilomètres, une petite journée semble-t-il, mais avec un dénivelé de 1300 mètres et surtout un sentier toujours en très mauvais état. Je déteste mettre mon t-shirt de randonnée qui sent si mauvais que j’ai du mal à en supporter l’odeur et enfiler mes chaussettes humides et puantes me rebute.

 

Dès le moment où nous quittons la hutte, nous marchons dans la boue qui ne nous quittera pas de la journée. Généralement en avançant sur les crêtes, le sol est ferme et rocailleux … mais il faut croire que la Nouvelle-Zélande fait exception. Il est bon d’ajouter que les Tararuas peuvent recevoir jusqu’à 5000 mm de pluie annuellement, ce qui aide à comprendre pourquoi tout est humide et explique l’omniprésence de la boue.

 

Nous grimpons dans le brouillard une petite heure, mais en arrivant au sommet nous avons la chance que le ciel se découvre, tel un rideau qui tombe révélant un superbe décor. Nous avons une vue à presque 360 degrés sur tout le massif montagneux, la ligne naturelle boisée entre 1000 et 1200 mètres d’altitude se dessine, où plus aucun arbre ne pousse, passé cette hauteur. Les herbes grasses jaunies et quelques buissons sont les seules plantes à supporter les vents violents à cette altitude et ajoutent des couleurs aux paysages. Nous suivons la ligne des crêtes en permanence avec parfois des dénivelés sévères et bien sûr toujours de la boue qui rend l’exercice périlleux.

 

Lorsque nous redescendons sous la ligne des arbres, nous découvrons une forêt vierge de toute activité humaine, originelle, comme figée dans le temps. Le brouillard du matin a gorgé d’eau les mousses qui recouvrent chaque centimètre carré des arbres qui suintent avec les premiers rayons du soleil. La hauteur des arbres varie, ceux situés directement sur la croupe qui sont exposés aux vents parfois violents atteignent à peine trois mètres ; les autres mesurent environ de cinq à sept mètres. Tous sont courbés et déformés, se tenant comme des statues fantomatiques faites d’écorces et de lichens, leurs branches ondulantes semblant avoir été figées lors d’une danse rituelle. Je crois que c’est la plus belle forêt qu’il m’ait été donné de voir.

 

Nous passons plusieurs fois des zones boisées au cimes nues, et après 8h de marche j’atteins la hutte où nous passerons la nuit. Seuls six couchettes sont disponibles et puisque nous sommes sept, nous avons juste à nous serrer un peu.

 

Nous passons la fin d’après-midi et la soirée à jouer aux cartes avec des fous rires incontrôlables !

 

 

🗓️ Le 03 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 1662

 

La journée démarre sur les crêtes dans le brouillard sous un fort vent. Les vues magnifiques d’hier me sont aujourd’hui cachées, dommage car cette section est apparemment très jolie, avec des vues jusqu’à l’île du Sud. Je progresse avec les pieds dans la boue comme à l’habitude, déstabilisé et frigorifié par le vent qui souffle en rafales sur les crêtes. J’ai 5 kilomètres à marcher sur les sommets dans le froid, avant de redescendre de 1100 mètres en arpentant un sentier à forte déclivité sur 3 kilomètres sous le couvert d’une forêt.

 

En arrivant au bas de la pente, je traverse une rivière sur une sorte de pont de singe fait de mailles de grillages plutôt impressionnant à franchir. J’arrive ensuite à une hutte des plus charmantes située à côté d’une rivière où je prends mon déjeuner. La dernière partie de la randonnée du jour se fait à travers une forêt dont le sentier défoncé obligé à prendre de multiples précautions, rendant l’avancée laborieuse. Il me faut presque 5h pour faire à peine 10 kilomètres. Je suis éreinté en arrivant à la hutte du soir, mais une petite baignade dans les eaux froides de la rivière à côté me revigore. Une dernière étape demain et j’atteindrai la ville de Waikanae, je rêve d’un repas normal, d’une douche et de pouvoir faire une lessive!

 

Après 7 jours les habits sont dans un état indescriptible !

 

🗓️ Le 04 janvier 2025

🏁 Kilomètres : 1693

 

Dernière journée dans les Tararuas. Le sentier est assez simple et les kilomètres défilent rapidement. Après 26 kilomètres nous arrivons en ville et nous en profitons pour manger un vrai repas et faire une lessive, ainsi que boire une pinte pour célébrer notre semaine. Nous avons ensuite encore cinq kilomètres pour arriver au camping du soir. Un gros barbecue familial avec 300 personnes se tient autour de la piscine et, ayant beaucoup de restes, nous sommes gracieusement invités à y participer. Nous avons même droit au dessert ! Natalie et Jolly se goinfrent, ayant pourtant eu un déjeuner tardif. Nous avons un fou rire en les voyant se mouvoir avec difficulté après avoir ingurgité tant de nourriture.

 

Encore deux jours de marche et nous atteindrons la capitale Wellington située tout au sud de l’île du Nord. Nous touchons l’île du Sud du bout des doigts !



Photos du 31 décembre et du 01er janvier

Photos du 02 janvier 2026

Photos du 03 et 04 janvier 2026

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