🗓️ Le 18 décembre 2025

🏁 Kilomètres : 1306

 

Démarre aujourd’hui l’un de nos plus grands défis : la descente de la rivière Whanganui sur 5 jours en canoës. Il a partiellement plu durant la nuit mais la matinée est claire et fraîche. Nous sommes un groupe de treize, nous nous connaissons maintenant tous très bien et avons choisi de fait le même jour pour la descente en canoës en sachant que l’ambiance sera excellente !

 

Je ne cite pas toujours les personnes avec qui je passe mes journées pour ne pas vous perdre dans les noms, mais je vais faire exception aujourd’hui : j’ai déjà passé beaucoup de temps avec chacun d’eux et apprécie particulièrement leur compagnie. Je vais vous les lister brièvement car je ferai la descente de la rivière et Noël avec le même groupe : nous avons Greg et Ashley des États Unis, ainsi que Jolly et Natalie qui viennent également des USA, Ellen d’Australie, Matteo et Ivan de France, Anouk et Sander des Pays-bas, Julia d’Espagne, Nate de Nouvelle-Zélande et Ida du Danemark.

 

La compagnie qui nous loue les embarcations arrive vers 9h30. S’ensuit une sorte de cacophonie joyeuse, chacun devant récupérer son baril de nourriture que nous avions déposé aux locaux de la compagnie une dizaine de jours plus tôt ainsi qu’un petit tonneau vide afin d’y mettre le contenu de nos sacs à dos : imaginez-vous une quarantaine de personnes qui défont leurs sacs en même temps afin de les faire tenir dans leur petit tonneau, puis les attacher dans les embarcations que nous partageons avec un partenaire. Les techniques pour harnacher les barils sont très diverses et plus ou moins efficaces. Nous devons nous munir d’un gilet de sauvetage chacun, de cordes pour amarrer le bateau, d’une écope pour évacuer l’eau qui s’accumulerait durant la descente et de 3 rames (une extra au cas où). Nous nous jetons à l’eau et c’est parti pour la grande aventure.

 

Je suis en équipe avec Ellen d’Australie, étant le plus confiant sur l’eau je me mets à l’arrière. Les canoës que nous utilisons tanguent assez facilement mais en gérant le centre de gravité il est relativement aisé de trouver un bon rythme de croisière. La rivière est large et d’un flot plutôt tranquille, mais voici qu’après 5 minutes nous approchons déjà les premiers rapides. Il n’y a qu’à se laisser glisser en pagayant et le tour est joué ! Ma partenaire n’a pas une totale confiance en sa capacité à gérer les rapides et évacue son stress vocalement, ce qui a le don de beaucoup m’amuser. Environ tous les 300-400 mètres, nous atteignons une nouvelle zone de rapides ce qui rend la descente plus excitante et permet d’avancer à une meilleure allure.

 

De nombreux troncs d’arbres jonchent les bords ou sont même parfois au milieu du lit de la rivière : ils représentent les plus grands dangers car de nombreuses branches surgissent à plusieurs endroits et avec la force du courant peuvent faire chavirer le canoë et/ou même vous embrocher. En étant à l’arrière, je suis le seul qui ait le contrôle sur la direction du bateau, c’est donc mon rôle d’éviter tous les obstacles.

 

Nous faisons un très bon début de parcours, mais voilà qu’arrive un rapide un peu plus technique. Le fort courant nous dirige droit vers un mur de rochers et je suis censé faire tourner l’embarcation vers la droite. Cependant, en faisant gouvernail avec ma pagaie, je me trompe de direction et à la place de tourner nous fonçons droit vers le mur que nous allons heurter de plein fouet. Ellen hurle et lors du choc je la vois décoller de son siège ! Mais plus de peur que de mal, nous manœuvrons le bateau directement et continuons la descente avec le flot de la rivière dans un fou rire incontrôlable.

 

Nous prenons notre pause déjeuner après une bonne quinzaine de kilomètres en sachant que nous avons encore une trentaine de kilomètres qui nous attendent l’après-midi. Nous repartons avec la bonne humeur toujours au beau fixe et nous filons sur l’eau en nous frayant le meilleur passage pour éviter les obstacles. Après une dizaine de kilomètres supplémentaires, nous sommes en tête de file avec Ellen mais ne voyons que peu de canoës derrière nous, nous décidons donc de faire une pause. Sur les treize du groupe que nous sommes, seuls six sont présents, et nous attendons les sept autres pendant presque une heure. Nous avons quelques nouvelles au travers d’autres personnes qui descendent la rivière et nous dépeignent une scène de chaos avec chavirage et canoës qui se retrouvent dans un amas d’arbres flottés … nous espérons que personne n’est blessé. Lorsque finalement ils arrivent, nous pouvons voir sur le visage de certains une mine déconfite. Ils nous racontent que l’un des bateaux a heurté un tronc caché sous l’eau et a immédiatement chaviré pour aller s’encastrer dans des arbres échoués, et que le bateau d’après qui suivait de trop près leur a foncé dessus, s’ajoutant au capharnaüm déjà existant ; bon courage pour retirer un canoë qui reste bloqué par la force du courant !

 

Nous avons pris notre pause par chance sur la plage d’un camp où il est possible de passer la nuit, nous étions supposés descendre encore une vingtaine de kilomètres mais il se fait tard et nous sentons les naufragés encore un peu fébriles. Nous attachons nos canoës, récupérons nos barils et montons le tout sur la berge afin d’installer notre camp. Nous prenons un apéro digne d’une première journée en bateau, nous avons tous ramené de l’alcool dans nos paquets, pour une fois que nous pouvons nous le permettre sachant que nous n’avons pas à le transporter sur nos épaules ! L’ambiance est excellente et les fous rire continuels !

 

Je n’avais pas ri autant depuis bien longtemps !

 

 

🗓️ Le 19 décembre 2025

🏁 Kilomètres : 1328

 

Notre deuxième journée de descente en canoës démarre sous une pluie fine qui nous accompagnera presque toute la journée. Nous démarrons vers 8h30en gardant les mêmes binômes que la veille. Les techniques commencent à être rodées, même si nous nous faisons encore régulièrement de petites frayeurs. Il y a beaucoup moins de rapides au fur et à mesure que la rivière s’élargit ; moins de chances de se retourner, mais aussi un peu moins fun.

 

Nous avons la possibilité d’amarrer les bateaux après une trentaine de kilomètres afin de faire une randonnée d’une bonne heure pour rejoindre “le pont qui ne mène nulle part”. Et en effet, au beau milieu de la nature, un gros pont bétonné franchissant une gorge se tient là, seul un petit sentier dans les bois permettant de continuer son chemin.

 

Nous retournons aux canoës et terminons les 10 kilomètres restants. Nous passons la soirée dans un autre camp sous une pluie battante, avec une ambiance qui reste au beau fixe : cela fait deux mois que nous sommes dans la nature alors personne ne se formalise de la mauvaise météo, nous montons nos tentes comme si de rien était. Grâce à un peu de wifi je découvre que je suis tonton, ma sœur ayant eu son deuxième enfant, une jolie petite Léa.

 

Bienvenue dans ce monde Léa, je te souhaite d’être sensible aux beautés de la nature, ce sont celles qui réjouissent le cœur avec le plus d’intensité.

 

 

🗓️ Le 20 décembre 2025

🏁 Kilomètres : 1349

 

Troisième jour sur la rivière Whanganui avec encore une météo mitigée. Une fois nos affaires empaquetées, commence la danse des barils : nous devons chaque jour descendre depuis le camp jusqu’à la berge avec tous nos tonneaux et les harnacher aux canoës. Nous pouvons ensuite mettre le large et se laisser glisser sur l’eau ; même si le nombre de rapides ayant fortement diminué, nous devons pagayer doublement.

 

Je ne vous ai pas encore décrit les décors, et pourtant quelles merveilles ! Encaissée dans de profondes gorges, la rivière coule serrée entre deux véritables murs faits d’argile et de limon très friables qui se dressent hauts et lisses, souvent recouverts au-dessus d’une végétation luxuriante. La hauteur des escarpements varie souvent entre 20 et 50 mètres, mais peut parfois atteindre une centaine de mètres. De nombreuses cascades tombent en créant des incisions le long des parois, entre deux failles ou directement dans le cours d’eau pour le plaisir de nos yeux. Au-delà et tout autour, la forêt se dresse un peu à la manière d’une jungle impénétrable.

 

Alors que nous nous laissons flotter dans un demi-repos, l’un de nous commence à jouer de la musique sur son téléphone et nous avons l’idée de joindre nos canoës, de sorte que quatre embarcations avancent ensemble, ceux du milieu tenant les bateaux extérieurs qui eux continuent à pagayer en douceur. Au sein de ce groupe, il est aisé d’oublier le temps qui passe et les notions d’hier et du lendemain, seul l’instant se vit et se savoure, donnant un peu le sentiment de retourner en adolescence. Je me sens bien avec mes camarades à l’esprit joyeux et candide. C’est satisfaisant de ne pas penser à demain en vivant tous les jours entouré de nature, dans un mode de vie si organique : marcher (dans ce cas pagayer) - monter la tente - faire à manger - dormir et c’est tout.

 

Après une quinzaine de kilomètres, nous approchons de rapides renommés pour être les plus techniques à manœuvrer sur la rivière Whanganui, dont un en particulier qui porte le surnom de 50/50, et pour cause, la moitié d’entre nous chavirons, mon binôme y compris : nous avons un canoë particulièrement lourd avec Ellen, du fait que nous transportons les barils d’une autre personne qui avance en kayak monoplace. De grosses vagues ne nous laissent aucune chance et remplissent notre embarcation d’un trait, mais nous réussissons tout de même à rester à bord de notre canoë et continuons à pagayer sous l’eau, le bateau restant juste sous la surface grâce aux barils qui le maintiennent en flottaison, en provoquant l’hilarité générale face à la situation cocasse.

 

Certains d’entre nous remontent les bateaux sur la plage de galets attenante afin de refaire la descente des rapides pour le plaisir de chavirer encore. Mais après quelques tranches de rigolade, le vent se lève et étant trempés nous commençons à avoir froid. Nous rejoignons notre camp, dans lequel nous avons droit à une salle commune pour passer la journée, une douche chaude, de la wifi et même un peu de restauration.

 

Nous terminons cette journée assis en cercle dans la dizaine de fauteuils et canapés, à rire ou à refaire le monde, dans une bienveillance rafraîchissante.

 

 

🗓️ Le 21 décembre 2025

🏁 Kilomètres : 1387

 

Quatrième jour sur la rivière Whanganui. Nous avons aujourd’hui 38 kilomètres à faire. La météo est un peu plus clémente, ciel grisonnant mais sans pluie. Les quelques rapides que nous avons à manœuvrer aujourd’hui sont assez simples mais l’un d’eux frôlant les arbres, un binôme est déséquilibré et chavire. Nous sommes très bien organisés dorénavant pour nous entraider, même si nous avons eu un peu de mal à retourner le bateau sachant que nos pieds s’enfonçaient jusqu’aux genoux dans un mélange de boue et d’argile. La bonne humeur continue de régner, les muscles commencent à être douloureux. Nous passons la nuit dans un camp simple.

 

Encore une journée de 43 kilomètres et nous pourrons nous reposer 3 jours afin de fêter Noël :)

 

 

🗓️ Le 22 décembre 2025

🏁 Kilomètres : 1432

 

Cinquième et dernier jour ! Nous nous réveillons tôt dans un froid de canard au bord de la rivière et devons descendre nos barils sur une pente à forte déclivité afin de les attacher aux canoës, la tâche est ardue. Lorsque le soleil atteint la rivière, il nous réchauffe rapidement et nous regrettons presque le froid matinal ! Nous avons deux étapes à franchir, la première de 25 kilomètres pour rejoindre le point zéro, là où la rivière rejoint le niveau de la mer, que nous atteignons vers midi. Pour la seconde partie, nous devons attendre 13h qui correspond à la fin de la marée montante afin de ne pas faire les 20 derniers kilomètres à contre-courant. Notre point d’arrivée est la ville de Whanganui, nous y parvenons vers le coup des 16h30. Nous sommes tous épuisés et ravis de se débarrasser de nos embarcations. Le camping du soir se trouve directement en face de nous.

 

Nous avons parcouru au total 170 kilomètres en cinq jours, soit environ la distance Mulhouse - Wissembourg !

 

 

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