🗓️ Le 25 janvier 2026 et 26 janvier 2026

Petite extension de parcours

 

Nous décidons pour les deux prochains jours de monter avec Natalie sur un sommet aux alentours afin de profiter de vues supplémentaires et d’ajouter un peu de challenge et de fun, cette partie n’étant pas dans le parcours officiel. Nous dormons la première nuit dans une hutte qui surplombe le lac Rotoiti qui jouxte la petite ville de Saint Arnaud. Nous sommes juste trois, un autre randonneur s’est joint à nous tardivement, Samuel qui a 21 ans et qui fait ses études à Christchurch. C’est la première fois que nous pouvons profiter d’une hutte dans le calme, qui donne un petit air d’être à la maison. Nous faisons un feu, Natalie cuisine une variante d’un crumble et nous avons la chance d’avoir un arc en ciel complet au dessus du lac.

 

Le lendemain, nous continuons notre grimpée sur les hauteurs et atteignons les 1800 mètres d’altitude. Le paysage rocailleux est superbe, ponctué de nombreux petits lacs et d’herbes jaunies. La hutte du soir est grande et moderne, située juste à côté du magnifique lac Angélus dans lequel je me baigne une première fois en arrivant, puis une deuxième fois après une impromptue session musclée de yoga par une autre randonneuse. Samuel qui est aussi présent ce soir dans la hutte nous invite dans cinq jours pour son anniversaire à Hanmer Springs où nous prendrons quelques jours de repos ! Le hasard fait bien les choses !

 

 

🗓️ Le 27 janvier 2026

🏁Kilomètres : 2072

 

Une grosse journée de 32 kilomètres est au programme aujourd’hui. Me trouvant au lac Angélus situé à 1650 mètres d’altitude, je dois d’abord emprunter le sentier escarpé des cascades afin de descendre 1000 mètres de dénivelé périlleux, la roche étant instable et glissante. J’aperçois à ma droite deux chamois qui dévalent les falaises avec une dextérité impressionnante. Introduits en 1907 en Nouvelle-Zélande, ils ont été offerts par Franz Ferdinand d’Autriche et se sont depuis multipliés pour atteindre le nombre impressionnant de 30000 têtes.

 

Le sentier entre ensuite dans la forêt embrumée en longeant un ruisseau qui sautille à travers les rochers couverts d’une épaisse mousse. Le parcours oscille entre bois et clairières parsemées, le tout dans une calme atmosphère matinale. Au bas de la pente, une vallée resserrée s’ouvre, les pentes des deux côtés étant recouvertes d’éboulis qui s’étendent depuis les hauteurs dans le brouillard et s’arrêtent dans l’herbe, de sorte que deux pierriers se font face, écartés à peine d’une dizaine de mètres, le sentier passant au milieu. La progression au milieu de tous les végétaux n’est pas aisée, le chemin passant au milieu de buissons touffus, ce qui atteste que le sentier n’est pas très usité ; de plus ils sont gorgés de rosée matinale, je suis rapidement trempé jusqu’aux épaules.

 

Au bas de la vallée, le chemin rejoint le trail principal de Te Araroa. Cette section dont nous avons rajouté une extension ces deux derniers jours s’étend du petit village de Saint Arnaud jusqu’à la rivière Boyle sur une centaine de kilomètres. Je remonte la vallée en légère pente le long d’un large cours d’eau et passe successivement deux huttes, avant d’avoir un dénivelé de 1100 mètres à gravir. Le ciel se couvre, une fine bruine tombe mais j’ai encore la possibilité de voir les montagnes aux alentours, juste une partie étant cachée dans les nuages.

 

En revanche en passant le col, les nuages épais m’empêchent toute visibilité et la pluie se met à tomber drue alors que je dois redescendre de l’autre côté de 1300 mètres. Je suis épuisé en arrivant à la hutte du soir mais j’ai réussi à arriver plus tôt que je ne l’imaginais. Même Natalie qui a pourtant emprunté un chemin plus court que le mien arrive après moi, elle aussi éreintée.

 

Dîner et au dodo !

 

 

🗓️ Le 28 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 2087

 

Nous avons ce matin en nous réveillant l’agréable surprise de constater que le ciel est bleu ; cela faisait quasiment une semaine qu’il pleuvait tous les jours … certains Kiwis nous ont confié que c’est le pire été qu’ils ont connu depuis bien longtemps. Alors le fait de savoir que nous aurons du soleil aujourd’hui est très motivant. D’autant plus que nous allons aujourd’hui grimper sur le passage le plus haut de tout le trail Te Araroa et qu’il s’agit aussi de l’une des plus belles sections. Le hasard fait que cette journée est la centième depuis le départ du trek !

 

Natalie démarre un peu avant moi, je devrais la rattraper en cours de journée. Le sentier longe la rivière Sabine dans la forêt et grimpe continuellement sur huit kilomètres, la rivière se dégrossissant au fur et à mesure de la montée dans cette vallée encaissée. Ses eaux glougloutent en permanence, une présence un peu à la manière d’un compagnon de marche. L’air est frais et pur, la rosée dégouline des végétaux et les oiseaux font leur spectacle ; difficile de ne pas apprécier ce moment en pleine nature, en osmose avec cet environnement. Cela fait plus de trois mois que j’ai commencé ce long trek en ayant une vie plus organique qu’à l’ordinaire, en faisant presque tout en extérieur : marcher, manger, dormir, se laver … le contact permanent avec la nature stimule certains instincts certainement enfouis profondément en chacun de nous et que la manière de vivre dans notre société actuelle nous empêche de ressentir. Je me sens apaisé, le tiraillement du passé et du futur ne compte pas vraiment ici, ni même dates et heures. Je peux savoir comment la journée va commencer mais rarement savoir comment elle va se terminer, ce qui est grisant.

 

Le soleil fait son apparition vers 9h30, ayant été jusqu’à présent caché derrière les hautes montagnes qui m’entourent. Son contact sur ma peau et ses rayons qui réchauffent mes habits font un bien fou, surtout quand il a été absent si longtemps. Ma progression est lente aujourd’hui, je ressens une fatigue dûe à ma grosse journée d’hier, mes fessiers brûlent et les muscles des cuisses crient au secours ! Mais je n’ai pas besoin de faire de longue distance aujourd’hui, je pourrais m’arrêter à n’importe quel endroit sur le parcours du moment que je trouve un lieu pour planter ma tente.

 

En attendant, j’atteins la première hutte vers 11h, Natalie y prend également sa pause. Juste à côté se trouve le lac Bleu dans lequel il est interdit de pénétrer, et même de simplement le toucher. Des études menées sur le lac en 2011 ont démontrées qu’il s’agit des eaux les plus cristallines du monde ; cet écosystème est très fragile, d’où les restrictions mises en place pour sensibiliser le public. En continuant le sentier et en prenant un peu de hauteur, nous réalisons en effet que le lac est d’une beauté et d’une clarté stupéfiante.

 

Nous devons grimper un peu plus et nous arrivons ensuite à une seconde étendue d’eau beaucoup plus grande, le Lac Constance. Celui ci a été créé par un gigantesque glissement de terrain qui a littéralement bloqué et inondé le fond de la vallée. Situé à environ 1300 mètres d’altitude, il est entouré de sommets dépassant les 2000 mètres dont les pentes couvertes de pierriers tombent directement dans le lac, des cascades sautillant sur les escarpements rocheux ajoutent une seconde cerise sur la cerise déjà présente sur le gâteau. Nous remercions le ciel de nous avoir offert une belle météo pour ce jour précis !

 

Nous devons contourner le lac et lorsque nous nous trouvons au point le plus reculé de la vallée, au centre d’un cirque de pics, nous comprenons que nous n’avons désormais plus d’autres choix que de devoir passer de l’autre côté … avec un bon 500 mètres de dénivelé qui nous attend sur une pente d’une déclivité vertigineuse. Mes jambes voudraient se mettre en grève, mais puisque je leur commande de tout de même monter, je mets 1h30 pour ne faire qu’à peine un kilomètre … je m’arrête d’innombrables fois, mais puisque la vue est époustouflante, on dira juste que je souhaitais admirer la vue tous les 10 mètres.

 

Le col se situe à 1850 mètres d’altitude et nous découvrons une toute nouvelle vallée qui s’étend devant nous. J’aime ce moment où, en juste quelques secondes, nous découvrons un nouveau paysage si beau que le souffle en est presque coupé ! Instantanément, les 500 mètres que nous avions gravi doivent être redescendus, ce coup ci ce sont les genoux qui souhaitent passer au bureau des réclamations. La descente est ardue et technique, mais en prenant notre temps nous évitons les chutes et préservons nos articulations.

 

J’arrive au camp du soir situé à 1100 mètres situé sur une petite bande plate d’herbe rase à la limite de la ligne naturelle boisée, en bordure d’une rivière et entourée de hautes montagnes. Je ne pense pas avoir jamais planté ma tente dans un si bel endroit. Je retire mes habits et prends un bain dans la rivière dans une eau plus froide que jamais ! Nous partageons le dîner avec Natalie et quatre autres randonneurs qui nous rejoignent un peu plus tard.

 

Quelle belle journée !

 

 

🗓️ Le 29 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 2121

 

Les nuages sont revenus pendant la nuit et c’est sous un ciel de grisaille que je me réveille ce matin, sans pluie fort heureusement. Le tracé de la journée suivra la rivière Waiau Uwha sur 30 kilomètres, nécessitant de la traverser à gué à de nombreuses reprises.

 

Au départ le sentier suit la rivière de près, traversant quelques petits bosquets et des pierriers qui s’étalent sur des pentes entières. Après quelques kilomètres, le tracé se perd dans des praires, seules quelques balises indiquent l’à peu près chemin à suivre. C’est d’ailleurs devenu un jeu que de trouver le prochain balisage, tant ils sont parfois espacés de plusieurs centaines de mètres ; devant progresser dans une vallée en ligne droite, je ne peux de toute manière réellement me perdre.

 

Même si le soleil qui ajouterait des teintes éclatantes aux paysages est absent, les décors sont sublimes. Je progresse dans une longue vallée nue de toute trace humaine, dans de longs champs d’herbes hautes jaunies. Les montagnes environnantes sont bordées de forêts qui se tiennent uniquement sur les pentes et non dans la partie plate de la vallée. Les sommets sont vierges de végétation avec leurs pointes rocheuses d’aspect dramatique. La rivière qui coule au milieu se tient tantôt dans un lit resserré, tantôt étalée en plusieurs bras peu profonds qui créent de nombreux méandres. Le sentiment de se tenir là seul est enivrant et l’envie me prend d’écouter de la musique et de chanter en m’époumonant toute l’après midi.

 

Je me sens bien, à ma place, au bon endroit où je devrais être. Mes précédentes expériences de voyages m’avaient toujours laissé un petit arrière goût de je ne sais quoi … précision, je ne crache pas dans la soupe, j’ai vécu de nombreux fantastiques voyages. Mais cette aventure ci me semble être la chose la plus évidente, la plus vraie, celle qui me correspond, qui me fait sentir que les pièces du puzzle s’imbriquent correctement.

 

A la fin de la journée, j’ai parcourus 34 kilomètres, plus rapidement que je ne l’aurais pensé étant donné qu’il s’agissait d’une étape sans dénivelé.Encore un jour de marche et j’arriverais le soir à Hanmer Springs, une petite ville touristique connue pour ses bains chauds. Je m’y étais rendu avec Véronique, Olivier et Benoit en 2020 lors de notre voyage en Nouvelle-Zélande, à peine trois semaines avant le Covid.

 

Cela fera remonter de beaux souvenirs.

 

 

🗓️ Le 30 janvier 2026

🏁 Kilomètres : 2151

 

Je me réveille dans ma tente vers 05h30 dans un froid glacial, ma tente se trouvant dans un champ au fond d’une petite cuvette. Je remballe mes affaires illico presto et me met rapidement en marche pour me réchauffer. Il me reste 30 kilomètres pour atteindre la sortie de cette section et rejoindre la route sur laquelle je pourrais faire du stop pour rejoindre Hanmer Springs.

 

Le sentier continue de s’enfoncer dans la vallée que j’avais déjà partiellement remonté la veille, en passant droit dans les champs qui sont gorgés de rosée du matin où quelques nappes de brumes s’attardent encore. Il pénètre ensuite dans la forêt en prenant un peu d’altitude et bifurque sur la gauche lorsque nous atteignons un col bas, afin de rejoindre une autre vallée qui s’étend quasiment en ligne droite sur une douzaine de kilomètres en suivant une autre rivière. Je sens la fatigue accumulée des précédentes journées et ma vitesse est toute relative, mes jambes étant plus lourdes que jamais, du repos me fera du bien.

 

Apres huit heures de marche, j’arrive au bout de la vallée et je peux commencer à faire du stop. Il me faudra une bonne demi heure et une bonne cinquantaine de véhicules avant que l’un ne s’arrête et m’emmène jusqu’à destination. Nous avons la chance d’être hébergé dans la famille de Samuel pour les trois prochaines journées. Ils nous accueillent comme si nous faisions partie de la famille, nous offrent le repas du soir et sont au petits soins pour être sûr que nous nous sentions bien.

 

L’hospitalité kiwi est extraordinaire !

 

 

Photos du 25 et 26 janvier 2026

Photos du 27 janvier 2026

Photos du 28 janvier 2026

Photos du 29 janvier 2026

Photos du 30 janvier 2026

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