🗓️ Le 22 novembre 2025
🏁 Kilomètres : 687
Reprise du trek après deux jours de repos. Je démarre du point où je m’étais arrêté au jardin botanique de Auckland. Je voudrais faire aujourd’hui entre 25 et 30 kilomètres, mais je n’ai pas de plan précis, je ne sais pas encore où je dormirais ce soir. J’ai essayé de contacter deux hôtes mais ils sont déjà complets pour le week-end. J’y vais au hasard, je marcherais et je verrais bien si une idée me vient en tête durant la journée. J’aurais le temps d’y penser, la marche du jour s’annonce des plus fastidieuse, se faisant uniquement sur du bitume. Pour faire passer le temps, j’écoute des podcasts des Grosses Têtes de Laurent Ruquier. Les gens qui me voient rire tout seul doivent me prendre pour un fou.
Après environ 6-7h de marche, j’arrive dans un petit hameau portant le nom de Bombay. Je décide d’arrêter ma rando du jour à cet endroit et de trouver un lieu pour planter ma tente, mais avant tout j’ai principalement besoin d’eau. J’aperçois des gens devant une maison, ils ont l’air de déménager. Je vais leur demander s’il est possible de remplir mes bouteilles et j’en profite également pour me renseigner sur un possible endroit pour installer ma tente ; après une seconde d’hésitation ils me proposent leur jardin ! Ils m’expliquent qu’ils sont en train de déménager d’une maison à une autre, sachant que les deux demeures se trouvent l’une à côté de l’autre, une famille souhaitant une maison plus petite et l’autre une plus grande. Je n’avais jamais rien vu de tel ! Je leur propose un coup de main, ce qui me vaudra d’ailleurs une douche, un lit et même une invitation au barbecue du soir.
Mes hôtes s’appellent Jenny et Henry, ils ont environ la cinquantaine, ils se connaissent depuis une dizaine d’année mais ne sont qu’en couple depuis 6 mois. Nous faisons connaissance, et entre autre dans la conversation, ils me demandent quel métier je faisais auparavant. Je leur répond que j’étais basé à Dubai en tant que steward pour Emirates ; s’en suit un petit blanc, suivi d’une réaction de surprise. Ils m’annoncent que leur fils est également basé à dubai en tant que steward pour Emirates ! Quelles étaient les chances que cela se produise ?! Que le monde est petit !
Nous passons une superbe soirée autour du barbecue, agrémenté de bière, de vin et de rires. Leur amour fait plaisir à voir, ils sont comme des adolescents qui vivraient leur première romance. Je vais me coucher tard, vers 22h30 ; sur le trek, cela équivaut à un bon 2h du matin ! Nous nous couchons la plupart du temps très tôt. Je remercie ma bonne étoile et m’endors instantanément.
🗓️ Le 23 novembre 2025
🏁 Kilomètres parcourus : 719
Je me réveille tôt ce matin, j’ai passé une bonne nuit chez mes hôtes. Ils se réveillent juste avant que je ne me mette en route pour me dire au revoir. Je marche pour quelques kilomètres le long d’une route avant de bifurquer sur un agréable sentier qui serpente à travers des collines recouvertes d’herbe humidifiée par la rosée du matin. Il ne faut que quelques secondes pour que mes chaussures soient mouillées. En prenant un peu de hauteur, je peux voir au loin plusieurs reliefs qui, comme une illusion d’optique, se superposent en différents tons de bleus, un peu à la manière de nos chères Vosges. Quelques nappes de brume flottent dans les creux entre les vallons. L’air du matin est encore frais, le meilleur moment de la journée pour marcher. En redescendant, le sentier zigzag dans une petite forêt d’arbres fougères où je croise les premiers randonneurs matinaux, certainement quelques habitants du coin qui profitent de leur dimanche.
Pour une majeur partie de la journée, le chemin passe ensuite entre de nombreux enclos fermiers ; le premier des enclos représente le 700ème kilomètre du trek. Les exploitations fermières sont immenses, certains champs doivent faire des kilomètres de long. Veaux, vaches et taureaux sont mes compagnons du jour. Je prends ma pause en m’asseyant au bord d’un chemin, en tournant le dos à la clôture. Après quelques minutes je souhaite prendre un selfie ; j’éclate de rire en voyant une quinzaine de petits veaux qui s’invitent sur le cliché ; je ne les avais pas entendu s’approcher !
Un fermier m’aborde et me prévient que la prochaine rivière à traverser eut débordé la semaine précédente en raison des fortes pluies dans la région. Et en effet, en faisait face à la rivière, le niveau semble bien plus haut que dans la description, en revanche il n’y a pas de courant. J’avais lu sur le groupe whats app commun que certains marcheurs l’avaient traversée hier. Il n’a pas plu entre temps, donc je met mon sac sur mon épaule droite et je me munie de mon bâton de randonnée pour tâter le fond de la main gauche. L’eau est brunâtre ce qui empêche d’en voir la profondeur, son niveau m’arrive jusqu’au haut du bassin, mais la traversée s’avère relativement aisée.
Après ça, je marche de long de la rivière à travers des champs de graminées qui m’arrivent parfois jusqu’aux épaules. Les graines se détachent des végétaux et se collent aux vêtements mouillés, j’en suis rapidement recouvert.
La marche continue ensuite le long d’une route avant de rejoindre les bords du plus long fleuve Neo-Zélandais, le Waikato avec ses 425 kilomètres de long. Le parcours avancera plus ou moins le long de la rivière pour les 3 prochains jours.
Je n’ai plus d’eau et il n’y a pas d’habitations dans le coin, ca va donc être l’occasion de tester mon filtre à eau. Je me penche au dessus du fleuve, récupère 2 litres d’eau d’une couleur un peu douteuse et la filtre. J’obtiens une eau claire qui est sensée avoir été débarrassée de tous virus et parasites, mais je préfère y ajouter une tablette de purification d’eau par sécurité ! Le test a visiblement fonctionné car je n’ai pas eu de problèmes par la suite.
Je n’ai pas encore décidé où dormir pour la nuit, mais j’avance avec la certitude que j’aurais de la chance. Et effectivement, je fais la connaissance de Sadie et Tuu, deux Maoris âgés d’environ 65 ans. Ils s’occupent de l’entretien d’une partie du trek et me proposent de passer la nuit dans leur maison. Ce sont des gens simple, d’une grande gentillesse et avec un cœur en or. Sadie prépare un menu composé de nombreux légumes, d’oeufs durs et de foie de moutons panés ; je ne raffole généralement pas des abats mais avec sa manière de les cuisiner je les ai trouvé bons.
Nous allons nous coucher tôt, je m’endors avec le bonheur de constater que ce monde ne tourne pas rond pour de nombreuses raisons, mais que l’on peut aussi continuer à être inspirés par de belles rencontres qui vous font chavirer le cœur.
🗓️ Le 24 novembre 2025
🏁 Kilomètres : 752
33 kilomètres de prévu aujourd’hui ! Mes hôtes me déposent à 06h du matin au point où ils m’avaient récupéré la veille. Ils souhaitent faire une petite prière de gratitude avant que je ne démarre ma journée de marche, ce que je trouve très touchant. Leur gentillesse et humilité resteront pour longtemps ancrés en moi.
Le soleil se lève doucement sur les bords du fleuve qui m’accompagnera toute la journée. L’air est frais et l’herbe chargée de rosée matinale, donnant l’envie d’inspirer de l’oxygène à plein poumons et de l’expirer de contentement. Le sentier n’est qu’une trace dans la prairie sur la berge, parfois directement à ras du fleuve. Quelques vaches me bloquent le chemin, refusant de me laisser passer et m’obligeant à faire un petit détour. Les décors sont magnifique avec le vert brillant des prés et le bleu de la rivière dans lequel les nuages se reflètent.
Je marche pour quelques heures dans ces paysages sur la rive gauche avant de traverser sur un pont pour passer sur la rive droite. De ce côté-ci, le sentier s’étend en ligne droite sur une petite digue qui permet de contrôler les crues du cours d’eau.
Au fur et à mesure de la journée je sens de la fatigue accroître, alors je me met de la musique pour me motiver afin de garder un bon rythme. En passant devant une petite maison à 5 kilomètres de mon point d’arrivée, un homme me fait un signe d’approcher et me propose une bière fraîche. J’accepte avec plaisir et nous partageons un quart d’heure de repos à converser, encore une fois un excellent moment dû à la gentillesse et la spontanéité des Kiwis !
Au camp du soir je retrouve une dizaine d’autres randonneurs que j’avais déjà croisé auparavant, dont Greg et Ashley. Je ne perd pas de temps pour monter ma tente, me doucher et manger afin de pouvoir me coucher tôt.