🗓️ Le 07 mars 2026
🏁 Kilomètres : 2893
Nous partons pour notre dernière grande section, six jours de marche en ajoutant un jour de repos pour demain 08 mars qui s’annonce très pluvieux.Nous avons aujourd’hui 23 kilomètres à parcourir dont 6 sur une première route de graviers avant de pénétrer dans le massif forestier de Takitimu.
Dès l’entrée dans les bois, nous comprenons que les 17 prochains kilomètres seront ardus ! Nous grimpons une pente dont le sentier plutôt défoncé serpente difficilement entre arbres, racines, boue et parterres de fougères. La pluie se met à tomber, comme pour ajouter encore un peu de difficulté, même si elle ne dure pas.
Une fois le sommet du col atteint, nous redescendons sur le versant opposé lui aussi boueux à souhaits ! Je parviens miraculeusement à ne pas glisser et retourne sur un terrain plus plat.
La suite du parcours est la plus épicée, oscillant plusieurs fois entre marécages et forêts. A chaque fois que nous passons dans les marais (qui sont en fait constitués de longues étendues d’herbes hautes au sol très humide), nous devons deviner le tracé à suivre, seules quelques balises éloignées les unes des autres sont parsemées (le plus souvent masquées par de hautes touffes) et nous laissent être les héros de nos propres aventures, le plus souvent infortunées ! Qu’il vous serait comique de nous observer pestant à travers les hautes herbes nous arrivant jusqu’au visage, essayant de trouver un chemin truffé de pièges, de trous remplis de boue ou d’eau croupie dans lesquels nos jambes s’enfoncent jusqu’aux genoux. La tâche est ardue mais je dois reconnaître que le côté Indiana Jones me procure tout de même pas mal de plaisir, même si je souffle comme un bœuf sous l’effort et pousse quelques exclamations de surprise lorsque ma chaussure se remplie de liquide nauséabond.
Nous avions sous estimé cette journée de marche et c’est tardivement que nous arrivons à la hutte du soir qui compte 12 places … c’est du moins ce qui était écrit sur le site officiel. En réalité, il se trouve qu’il y a deux hutte : une neuve, qui compte huit places et qui est déjà pleine, et une délabrée, vieille, qui sent la suie humide, parfaite pour quelques Guy Georges ou Emile Louis qui seraient tranquilles au fin fond de la forêt… Devant ce choix très tentant, je préfère planter ma tente, même si la journée du lendemain s’annonce pluvieuse.
Ne m’appelez plus Nicolas R-hutte-mann !
🗓️ Le 08 mars 2026 (jour de repos)
Il pleut toute la journée, la rivière à côté de la hutte s’est gonflée et a doublé de volume. Nous passons la majeur partie de notre temps à jouer aux cartes.
🗓️ Le 09 mars 2026
🏁 Kilomètres : 2915
Les sols sont si imbibés d’eau ce matin après les pluies de la veille que nos chaussures sont instantanément des éponges. Les températures ont chutées durant la nuit et cette matinée est froide. Le sentier passe par une petite zone de marécages avant de pénétrer dans la forêt pour le reste de la journée. Je me tiens là, les mains qui ne se réchauffent pas, les pieds engourdis, le soleil timide qui ne veut pas pointer le bout de son nez et les brumes matinales encore dispersées, et je m’arrête un moment pour prendre pleine conscience de l’endroit où je me tiens : je suis quasiment tout au bout de la Nouvelle Zélande, dans une nature belle et rude, sur une des grandes terres émergées les plus au sud de planète, une partie de moi qui a une faim dévorante de découvrir de nouveaux espaces encore et encore et mon autre moitié qui est content d’achever cette aventure entamée depuis presque cinq mois, et qui aspire à un peu de confort et de repos.
Après quatre heures de randonnée, nous atteignons la hutte où nous prenons notre déjeuner, puis marchons trois heures encore jusqu’à la hutte du soir, rustique mais une fois le feu dans le poêle allumé, elle révèle un petit charme. Je me rends compte que l’aventure sera terminée dans environ une semaine et que mes compagnons Natalie et Yvan vont beaucoup me manquer.
🗓️ Le 10 mars 2026
🏁 Kilomètres : 2948
Une journée à marcher à travers les enclos de moutons et de vaches en passant par la Birchwood Station (station est le nom donné en Nouvelle Zélande aux larges fermes ovines et bovines).
Il fait très froid lorsque nous démarrons, le sol est gelé et nous devons traverser à gué plusieurs rivières et ruisseaux. Heureusement, le soleil arrive rapidement pour nous réchauffer. Sur 32 kilomètres, nous passons d’un enclos à un autre, en marchant groupés au départ puis en se séparant après la pause déjeuner. Natalie, en véritable bout en train, nous pose des questions souvent absurdes durant la matinée pour agrémenter nos conversations, questions du type “si tu avais le choix, tu préférerais avoir des pieds à la place des mains ou des mains à la place des pieds ?” ce à quoi je lui réponds “si tu avais le choix, tu préférais avoir une bouche à la place du trou du cul ou un trou du cul à la place de la bouche ?”. Sans commentaires …
L’après midi passe avec pour compagnie vaches et moutons (avec une bonne chute pour Natalie dans des déjections animales, allez voir la photo c’est remarquable, la dixième photo du dossier "photos du 11/12 mars") et nous passons la soirée dans une sorte de cabanon simple d’une ferme mis à disposition par un ange du trail pour une modique somme, avec lit et douche chaude !
🗓️ Le 11 mars 2026
🏁 Kilomètres : 2983
La randonnée du jour commence sur un chemin le long de quelques enclos de moutons. Je vois Natalie marcher dans ma direction alors qu’elle était parti cinq minutes avant moi. Derrière elle se masse un gros nuage de poussière, qui se révèle être un troupeaux de moutons qui la poursuit et qui l’a forcée à faire demi-tour, la scène est comique ! Nous trouvons un endroit pour nous mettre de côté et laissons les moutons passer.
Nous avons une grosse pente à gravir, ceux qui ont fait le tracé n’ont pas pris le temps de faire des lacets, ou même de faire un sentier tout court, et nous grimpons à même dans l’herbe dont la côte est très raide. Au sommet la vue sur les environs est superbe, cette matinée ensoleillée sans un seul brin de vent avec juste quelques rares nappes de brumes à l’horizon qui s’attardent semble figée.
Pour le reste de la journée, nous évoluons entre forêts d’eucalyptus à la douce fragrance et enclos de vaches et de moutons moins subtilement odorants …
En fin d’après midi nous pénétrons dans la forêt de Longwood et n’ayant pas d’endroit pour camper, nous décidons de manger notre dîner et de continuer en espérant trouver un lieu avant que la nuit ne tombe. Heureusement nous tombons vers 20h sur une petite clairière qui fera très bien l’affaire.
Demain, nous allons commencer à traverser la forêt de Longwood. Je vous ai souvent évoqué les épisodes boueux que nous avons dû gérer depuis le début du parcours, mais cette forêt ci dépasse apparament tous les records. Comme une sorte de dernier obstacle, elle se tient entre nous et l’océan que nous devrions atteindre après demain.
Nous savons que nous allons patauger dans la boue ! Excitant !
🗓️ Le 12 mars 2026
🏁 Kilomètres : 3006
La journée boueuse annoncée a tenu ses promesses ! Nous nous réveillons tôt car nous savons que nous avons un long itinéraire à parcourir aujourd’hui. Dès les premiers pas, nous piétinons dans la boue, mais sans qu’elle ne dépasse le niveau des chevilles. Pour quelques heures nous crapahutons sous le couvert des bois ou dans des marécages, l’avancée est pénible car les zones boueuses sont omniprésentes. La forêt est très belle, les arbres tortueux recouverts de mousses et lichens qui pendent semblent mystérieux et dotés de magie ; d’ailleurs le nom “Longwood” semble tout droit sorti d’un conte ou d’un Disney.
Nous avons droit à 4 kilomètres de répit avec un chemin très correct qui descend jusqu’à une ancienne carrière où des mineurs chinois essayaient de trouver de l’or au début du siècle. Un ruisseau nous permet de remplir nos bouteilles et nous repartons pour la section qui est annoncée comme le pire passage.
Et en effet, ce sont de véritables piscines de boue qui nous attendent. Il est parfois possible de les contourner en coupant à travers les buissons, mais lorsqu’il n’y a pas d’alternatives, nous y plongeons les jambes et avons une mixture nauséabonde nous arrivant jusqu’à mi-cuisse.
Nous avons au départ des techniques différentes : Yvan essaye de sautiller gracieusement pour éviter les pires endroits, me concernant j’essaye de contourner les zones profondes mais je sais que je serais sale de toute manière, et Natalie passe en plein milieu sans réfléchir, nous lui trouvons même le petit surnom de “Panzer”.
Bien sûr au fur et à mesure que la difficulté augmente, nous nous retrouvons tous recouverts de boue, mais Natalie détient définitivement le record. Elle devra même parfois récupérer sa chaussure avec les mains au fond d’une mare boueuse et aura des taches brunes jusqu’à sur la poitrine… pour notre plus grand plaisir ! Rarement nous aurons autant ri !
Avec l’après midi qui avance, nous commençons à être franchement épuisés mais il n’y a pas moyen de camper, nous devons continuer d’avancer. Vers 18h30 nous trouvons finalement un petit emplacement dans la forêt où nous devons serrer les tentes pour les faire toutes tenir. Nous espérions rejoindre l’océan une douzaine de kilomètres plus bas mais devons nous rendre à l’évidence : la forêt de Longwood a été la plus forte !
🗓️ Le 13 mars 2026
🏁 Kilomètres : 3030
Il fait beau ce matin au réveil, mais il a plu durant la nuit ce qui n’arrange pas l’état du sentier déjà extrêmement boueux. Je décide d’avancer façon “Natalie panzer”, c’est à dire passer en plein milieu afin de ne pas perdre de temps à contourner les bourbiers. Et des bourbiers, il y en a absolument partout, il n’y a pas trente mètres de sentier épargné, ça a presque l’air ridicule tant c’est irréel ! De nombreux troncs d’arbres jonchent le sol et forcent à faire des détours ou à escalader les souches. Il faut anticiper les glissades et parfois s’accrocher aux branches pour ne pas tomber.
Je pense avoir très bien choisi le nom de mon blog, de bout en boue, qui fait bien sûr référence au fait que je traverse la Nouvelle Zélande d’un bout à l’autre, mais également que la boue ai été présente d’un bout à l’autre ! De la première à la dernière forêt du trek, nous n’aurons pas été épargnés !
Après trois heures ce matin, j’atteins finalement le bout de la forêt. Il m’aura fallu environ 14h en deux jours pour faire une trentaine de kilomètres ! Je continue le long d’une route pour quelques kilomètres et voici que j’atteins l’océan ! Nous ne l’avions plus vu depuis le trail de la reine Charlotte 1200 kilomètres plus haut, tout au nord de l’île du sud. Je peux apercevoir au loin les contreforts de l’île Stewart. Derrière elle, c’est l’océan immense et 2600 kilomètres plus au sud, l’Antarctique !
Je marche encore une dizaine de kilomètres le long de la plage et atteins le village de Riverton où nous passerons la nuit. Encore deux jours de marche et le trek sera terminé !
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